L’enseignement des langues régionales en France
Peut-on apprendre une langue régionale dans les écoles de la République ? Est-ce possible de valoriser ses connaissances linguistiques par une épreuve du baccalauréat ? Existe-t-il une formation pour devenir enseignant de langue régionale ? Nombreuses sont les questions autour de l’enseignement des langues régionales en France.
Même les langues régionales les plus répandues comme l’alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse et l’occitan, sont aujourd’hui de moins en moins parlées au sein des familles. C’est en général à l’école que les jeunes se réapproprient la langue, parfois encore parlée par leurs grands-parents.
Selon le linguiste français Bernard Cerquiglini, 24 langues régionales étaient encore parlées sur le territoire français en 1999. Mais toutes ne bénéficient pas d’un enseignement en établissement scolaire et la disparition à terme des « langues de France » est régulièrement thématisée.
Pour la rentrée 2007, le Conseil régional de Bretagne lançait ainsi un appel aux parents, les invitant à demander la création de classes bilingues français-breton. « 70 nouvelles classes bilingues doivent ouvrir » pour espérer atteindre d’ici à 2010 le seuil de 20 000 enfants scolarisés en classes bilingues français-breton et assurer la sauvegarde de la langue bretonne. Même topo dans d’autres régions où les écoles « ABCM Zweisprachigkeit » pour l’alsacien, « Ikastolak » pour le basque, « Bressolan » pour le catalan ou encore « Calandreta » pour l’occitan se mobilisent afin d’assurer l’enseignement d’une langue régionale.
Bon nombre d’entre elles s’avèrent être des « écoles associatives » (écoles privées subventionnées par l’Etat) mises en place à la fin des années 70, alors même que la politique linguistique française s’avérait très tiraillée entre protecteurs des langues régionales, éléments du patrimoine national, et défenseurs de la langue française, vecteur d’universalité culturelle.
Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui, en 1539, fit du français la langue officielle du royaume, et la Révolution et sa rigueur jacobine entendant faire du français la langue maternelle de tous les Français, le sort des langues régionales est incertain. La loi Deixonne de 1951 autorisa la première l’enseignement facultatif et bénévole de certaines langues régionales. Et en 1995, une circulaire définit l’enseignement scolaire des langues régionales soit sous forme d’initiation (une à trois heures par semaine), soit sous forme d’enseignement bilingue (faisant de la langue régionale à la fois la langue enseignée et la langue d’enseignement). Et de préciser que l’enseignement bilingue - qui ne doit pas reposer sur la méthode de l’immersion comme dans les écoles « bretonnantes » Diwan - sera organisé lorsque la demande des parents aura été exprimée et reconnue.
Résultat, l’accès à l’enseignement des langues régionales s’avère très inégal selon les communautés linguistiques. Et alors que la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée par le Conseil de l’Europe en 1992 fait encore débat en France, d’autres questions d’aménagement linguistiques restent sans réponse.
Par exemple l’enseignement des langues régionales doit-il être valorisé par une épreuve au baccalauréat seulement dans les régions géographiques où lesdites langues sont pratiquées ? La formation des enseignants « langues régionales » doit-elle être proposée sur l’ensemble du territoire ? Pour l’instant, des CAPES existent pour le basque, le breton, le catalan, le corse et l'occitan. Et à l’exception du CAPES corse, tous comportent une bivalence : français, anglais, espagnol, histoire et géographie pour le basque, le catalan, l’occitan, et pour le breton, les mathématiques également. On compte actuellement un peu moins de 5 000 enseignants « langues régionales ». La professionnalisation est grandissante, mais la demande reste moindre.
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