B comme Baguette & Brot

« Bernd das Brot »: rares sont les jeunes Allemands qui ne se sont encore jamais amusés de la mine boudeuse du morceau de pain carré aux bras (trop) courts qui se produit régulièrement pour le petit écran en jouant avec assiduité les grands perdants. Mais la plupart d’entre eux ont pourtant déjà remisé leurs « Butterbrotdosen », boîtes à tartines traditionnelles des écoliers allemands…

La « culture du pain » évolue avec son temps, et nombreux sont ceux qui craignent que les bonnes vieilles tartines ou « Schnitte » servies sur les célèbres planchettes (« Brettchen ») ne perdent leur renommée…
Il reste certes quelques fanatiques qui revendiquent, sur la plate-forme Internet www.butterbrot.de, le plaisir de beurrer leurs tartines et se mobilisent pour la sauvegarde du « Butterbrot », cette tranche de pain bis beurrée…
De la même manière, le « Pausenbrot » ou « pain de pause » est en voie de disparition : parents, instits et élèves sous-estimeraient les valeurs de ce deuxième petit-déjeuner et les jeunes seraient de moins en moins nombreux à emmener un bon « Pausenbrot » à l’école… D’où l’action « le pain de la pause fait école » („Pausenbrot macht Schule“), lancée en 2005 en faveur d’une nourriture plus équilibrée dans les écoles.

En France, les grands classiques du boulanger ont aussi du pain sur la planche. Bien que les mensurations de la bien-aimée baguette soient toujours aussi tentantes – 70 centimètres de long pour un diamètre avoisinant les 6 centimètres, la montée des prix fait de plus en plus souvent tourner la tête aux clients. Parfois à la faveur d’un autre délice de la boulangerie, mais parfois aussi pour des mueslis de plus en plus variés ou pour un « pain fait maison » sortant tout frais d’une « machine à pain », nouvel ustensile à la mode… Le cliché du Français portant béret et baguette semble avoir mangé son pain blanc.

Et il n’y a pas à chipoter sur un quignon : les statistiques sont claires. La France se vante certes d’être un pays réservant traditionnellement au pain une place de choix, mais les Français consomment de moins en moins de pain. Selon les données de l’INSEE, la ration quotidienne de pain consommée par un Français est passée de 900 grammes au début du XX siècle à 165 grammes de nos jours. Les plus gros mangeurs de pain seraient en fait… les Allemands ! Avec 84 kilos de pain par an et par personne contre 58 kilos dans la Grande Nation.

En revanche, les Français se rendraient plus souvent dans leur boulangerie que leurs voisins outre-Rhin. En moyenne, un Français pousse entre trois et quatre fois par semaine la porte de sa boulangerie. Preuve d’un petit faible pour le pain frais ? Peut-être, mais ceci témoigne surtout du fait que la boulangerie reste le commerce de proximité préféré de beaucoup. Toujours est-il qu’en France, plus de 70% du pain est acheté en boulangerie artisanale. Contre 30% en Allemagne, où chaînes et boulangeries industrielles sont privilégiées. Le fournil d’arrière-boutique est rare car souvent, les petits pains ou « Brötchen » sont livrés tout faits au magasin et n’ont plus qu’à être réchauffés une dernière fois avant la vente. En Allemagne, les industries en boulangerie occupent déjà 35% des parts de marché, contre seulement 20% en France.

Malgré le bon gagne-pain et les différentes actions pour revaloriser l’activité des artisans boulangers (comme la fête du pain qui est organisée chaque année, à la mi-mai, en France), de moins en moins de jeunes se sentent une vocation de boulangers. Pourtant, dans quelques années, ce sera le « papy boom » et bon nombre de boulangeries auront besoin de relève d’un côté comme de l’autre du Rhin…



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