Stars made in Banlieue
Comme les Allemands, les Français sont très attentifs à tout ce qui touche aux questions des banlieues. Depuis deux décennies on assiste à des émeutes très médiatisées, ce qui a amené beaucoup de gens à associer banlieues avec criminalité, violence et drogues. Au-delà des problèmes causés par le chômage (qui atteint un taux de près de 40 % dans certaines cités), les experts parlent de « déprivation » pour décrire l’exclusion de certains domaines sociaux. La culture en fait partie – elle devient de plus en plus le privilège des plus riches. En marge des villes, il s’est formé une scène culturelle qui s’oppose aux théâtres, cinémas et musées traditionnels.
Les jeunes des cités, à la recherche de leur identité, créent leurs propres formes d’expressions artistiques comme le sport et la musique ou bien leur propre langue, le verlan, qui consiste à inverser les syllabes des mots pour inventer de nouveaux termes qui ne sont pas compréhensibles pour les autres. Les jeunes font preuve d’une créativité et d´une motivation surprenantes. Certains ont même réussi à être reconnus en dehors des banlieues et sont devenus des ambassadeurs d’une génération oubliée. Dans les années 90, on parlait déjà des films ou des romans « beurs » en référence aux livres et aux films qui racontaient des histoires sur les immigrants du Maghreb. L’écrivain Azouz Begag représentait ce genre de littérature avec son roman « Le Gone du Chaâba ». Le film culte La Haine de Mathieu Kassovitz est ainsi devenu un symbole pour la culture cinématographique des banlieues. Coté musique, le hip-hop est toujours emblématique pour les cités. C'est un mélange entre diverses formes d’expressions artistiques comme le breakdance, le graffiti et le rap. Les rappeurs I am, Suprême NTM et MC Solar ont déjà connu un grand succès commercial, tout comme le groupe Saian Super Crew, mélange entre human-beatbox et influences internationales. Autres groupes en vogue : les Psy4 de la Rime, d’origine marseillaise ainsi que Diams, une chanteuse franco-chypriote qui a remporté de nombreux prix avec son album « Dans ma bulle ». Tous parlent de l’indifférence de la société face aux jeunes immigrants qui se voient au quotidien confrontés à une autre France. Dans la chanson « Ma France à moi » Diams explique : « Elle (la France n.d.r,) nous a donné des ailes mais le ciel est V.I.P. » ou bien la France où « certains craignent car les médias s'acharnent à faire d'elle un cancre ». En Allemagne aussi, des groupes jouent sur le cliché de leur adolescence en banlieue, comme le fait le rapper Sido d’origine berlinoise, beaucoup critiqué pour ses textes qui peuvent être interprétés comme racistes et misogynes. Outre la musique, le sport fait aussi partie intégrante de la culture banlieusarde. Le foot, le skate-board, le patinage à roulette et le breakdance étaient très à la mode dans les années 90. Aujourd’hui on assiste à d’autres sports non moins excitants. Un seul exemple : le « parkour » est une façon de traverser le quartier en sautant et grimpant sur les escaliers, les immeubles. En un mot : partout. Ce sport est assez dangereux et on dit souvent que les jeunes imitent des couses-poursuites avec la police. Sur le site Internet YouTube, les vidéos du groupe Banlieue 13 et de pleins d’autres « traceurs » atteignent des records de fréquentation. Le succès des artistes nés en banlieue n’est pas toujours sans danger pour les jeunes qui s’identifient très facilement à ces idoles. Ils rêvent de faire comme eux et de s’en sortir en devenant footballeur, musicien ou écrivain. Comptant sur la devise « la banlieue fait vendre », ils croient que les médias portent un intérêt particulier à leurs racines et à leur talent. Mais dans les faits, bien peu de jeunes sortent de la rue pour captiver la scène. Pour cette raison, les artistes des cités ont une grande responsabilité : expliquer aux adolescents qu’il faut passer par l’école pour arriver à gagner sa vie. Devenir une star connue est un rêve qui attire certes beaucoup, mais il n´y a malheureusement aucune garantie de réussite artistique. Le billet d’entrée dans la société, c’est encore et toujours l’école et les études - avant tout.
