Quelle belle idée qu'Arte ! Porté par Helmut Kohl et François Mitterrand, le traité qui pose les fondements de la « Chaîne culturelle européenne » est signé en 1990 entre la France et l'ex-Allemagne de l'Ouest. Quelques mois plus tard, Arte voit le jour sous la forme d’un Groupement européen d’intérêt économique (GEIE) chargé de « réaliser et diffuser des émissions de télévision ayant un caractère culturel et international, propres à favoriser la compréhension et le rapprochement des peuples. »
« L’idée de créer, sous l’impulsion de deux hommes politiques, une chaîne franco-allemande dédiée à la culture, n’a pas manqué de susciter un certain scepticisme dans les milieux professionnels », explique Claude-Anne Savin, responsable du service presse d'Arte. Mais « nous l'avons fait parce que nous croyons que les idées sont plus importantes que les marchés », rappelait Jérôme Clément dans un discours de 2010. Pour cet ancien patron de la chaîne, qui a participé à son lancement il y a vingt ans, Arte était et est restée une « utopie », une « grande idée », affranchie de la « loi d'airain du commerce, de l'argent et de l'audience... » Bref, un ovni dans le monde de la télé.
Grande qualité, petites audiences
Débarqués sur les écrans le 30 mai 1992, les programmes d'Arte se sont vite imposés par leur « non conformisme » dans un paysage audiovisuel « où penser différemment est de plus en plus rare », selon Jérôme Clément. La première campagne de la chaîne a tout de suite donné le ton : « Laissez-vous déranger par Arte. » Désormais, Arte est diffusée 24h/24 en France et en Allemagne. La chaîne, qui a développé des partenariats avec plusieurs chaînes publiques européennes (RTBF en Belgique, TVP en Pologne ou ERT en Grèce par exemple) rayonne sur l’ensemble du continent et dans le bassin méditerranéen. « En 20 ans, les coproductions d'Arte ont remporté 2 Oscars, 9 Palmes d’Or à Cannes, 4 Ours d’Or à la Berlinale, 2 Lions d’Or à la Mostra de Venise, 3 Léopards d’Or au Festival de Locarno, 21 fois le Deutscher Filmpreis et 7 Césars », précise Claude-Anne Savin. Un beau palmarès, donc. Mais la chaîne franco-allemande surprend tant par la richesse de ses programmes que par sa part d’audience qui, en moyenne ces 4 dernières semaines, ne dépasse pas 2 % en France et 1 % en Allemagne...
Arte, dont la mission est d’encourager et de diffuser la culture européenne sous toutes ses formes (cinéma, documentaires, fictions, spectacles vivants...), a banni de ses programmes ce qui fait le succès des autres chaînes : les shows et le sport. Financée à 95 % par la redevance audiovisuelle, la chaîne ne peut de toute façon pas compter sur les recettes publicitaires pour s'offrir des soirées à gros budget. En 2010, TF1, qui a enregistré une part d'audience nationale de 24,5 %, a dépensé près de 80 millions d'euros pour la Coupe du monde de football... Pas loin du tiers de ce qu'investit Arte dans ses programmes chaque année. La chaîne fait tout de même des efforts pour élargir son public, actuellement majoritairement composé d'hommes et de femmes « qui ont autour de la cinquantaine, ont fait des études supérieures, sont ouverts sur le monde, parlent des langues étrangères et vivent en milieu urbain », décrit Claude-Anne Savin. Arte a refondu sa grille de programmes en janvier 2012 pour la rendre plus lisible : cinéma le lundi, documentaire le mardi, culture le dimanche... Avec Les Tudors ou Borgen, la soirée série du jeudi s'adresse à un public rajeuni.








