Rouler de nuit est censé être plus sûr grâce aux avancées technologiques en matière d’éclairage automobile. Pourtant, pour de nombreux conducteurs, c’est tout le contraire : les phares à LED, de plus en plus répandus, transforment parfois la route en véritable épreuve visuelle. Trop puissants, trop éblouissants, voire dangereux, ils sont aujourd’hui au cœur d’un débat qui prend de l’ampleur. Et chez nos voisins britanniques, la question est prise très au sérieux.
Un ras-le-bol grandissant chez les automobilistes
Si vous avez déjà croisé un véhicule équipé de feux à LED en plein faisceau, vous connaissez la sensation : un mur de lumière blanche qui vous aveugle, un instant de flottement où votre visibilité est réduite à néant, et l’obligation de ralentir ou de détourner les yeux. Ce phénomène, loin d’être rare, est aujourd’hui dénoncé par un grand nombre d’automobilistes.
En Grande-Bretagne, une pétition a récemment été lancée pour alerter les autorités sur les dangers de ces feux ultra-puissants. Son initiatrice, Gemma Mooney, affirme que les règles de sécurité routière enseignées aux conducteurs sont en contradiction avec l’usage actuel des phares LED : « On nous apprend à ne pas éblouir les autres, mais ces phares rendent cela impossible ! »
Son appel a trouvé un écho considérable. En quelques semaines, la pétition a déjà rassemblé plus de 2 300 signatures, et ce chiffre ne cesse de grimper. Parmi les revendications des signataires, une demande claire : que des mesures soient prises pour limiter l’intensité des feux LED, voire les interdire dans certaines conditions.

Des chiffres qui inquiètent
Ce mouvement citoyen ne repose pas sur du vent. Une étude menée par le Royal Automobile Club (RAC) a révélé des statistiques préoccupantes :
- 89 % des conducteurs estiment que certains phares sont trop puissants.
- 74 % affirment être régulièrement éblouis en conduisant.
- Deux tiers des personnes concernées disent devoir ralentir brutalement après avoir été aveuglées.
- 7 % des automobilistes évitent complètement de rouler de nuit à cause de cette gêne.
- Chez les plus de 65 ans, ce chiffre grimpe à 14 %.
Ces chiffres illustrent une réalité bien concrète : l’éblouissement provoqué par ces feux ne se limite pas à un simple inconfort, il peut avoir un impact direct sur la sécurité routière.
Un gouvernement contraint de réagir
Face à cette montée des inquiétudes, les autorités britanniques ont décidé d’agir. Le gouvernement a mandaté le Laboratoire de recherche sur les transports pour mener une étude approfondie sur l’impact des feux LED sur la conduite. Cette enquête, débutée en octobre dernier, se poursuivra jusqu’au printemps 2025.
À l’aide de véhicules spécialement équipés, les chercheurs analyseront plusieurs paramètres : l’intensité des feux en conditions réelles, leur impact sur la visibilité nocturne, les conséquences sur les conducteurs exposés à cet éblouissement, et les conditions météorologiques qui amplifient le phénomène.
Rod Dennis, porte-parole du RAC, se félicite de cette initiative : « Il est essentiel d’adapter la réglementation à ces nouvelles technologies. Nous devons trouver un compromis entre une bonne visibilité pour les conducteurs et la sécurité de tous les usagers de la route. »
Alors que certains pays réfléchissent à limiter les feux à LED jugés trop éblouissants, d’autres, comme la France, voient émerger des débats sur des mesures tout aussi audacieuses, à l’image de ce Premier ministre qui veut supprimer les radars automatiques.
Face aux préoccupations croissantes liées à l’éblouissement des phares à LED, certains experts comparent cette problématique à la rigueur des nouvelles mesures comme celles évoquées dans Radars 2025 : la moindre erreur coûte cher.
La France suivra-t-elle l’exemple ?
Si la Grande-Bretagne se penche sur le problème, qu’en est-il de la France ? Pour le moment, aucune mesure spécifique n’a été annoncée. Pourtant, le problème est loin d’être anecdotique. Les plaintes sur l’intensité des feux LED se multiplient également dans l’Hexagone, et les associations d’usagers commencent à s’en emparer.
Certains experts plaident déjà pour une révision des normes en vigueur. Actuellement, la réglementation européenne impose des limites de puissance, mais celles-ci restent encore trop élevées selon de nombreux conducteurs. Une harmonisation plus stricte des standards pourrait être envisagée si les résultats de l’étude britannique confirment un véritable danger.
Des changements en vue ?
Si la pétition britannique continue de gagner du terrain et que l’étude menée par le gouvernement conclut à un réel risque pour la sécurité routière, il y a fort à parier que d’autres pays suivront le mouvement. Un ajustement des réglementations européennes pourrait être discuté, obligeant les constructeurs à revoir la conception de leurs feux.
En attendant, les automobilistes français doivent composer avec ces feux ultra-puissants, parfois à leurs dépens. Faut-il attendre un accident majeur pour que la question soit réellement prise en compte ? Affaire à suivre.
Émile Delahaye est né(e) à Haguenau dans le département de Bas-Rhin. Son travail pendant de nombreuses années a été Oenologue dans la commune de Saint-Chamond avant de travailler pour le site fplusd.org.


